vendredi 24 juillet 2009

Course à l’armement

« Les dépenses militaires mondiales ont atteint un record l’an passé. Gonflées par la guerre en Irak, le retour de la Russie sur le marché et l’émergence de la Chine, elles ont atteint 1464 milliards de dollars, en hausse de 45% sur dix ans, représentant 2,4% de la richesse mondiale, selon le rapport annuel de l’Institut international de recherche pour la paix de Stockholm (Sipri) publié lundi.1»

La Chine qui a, de même que la Russie, triplé son budget militaire en 10 ans est passée en deuxième place du classement, devant la France et le Royaume-Unis.
Bien sûr, les États-Unis restent loin devant tous les autres en terme de dépenses militaires. Mais cela s’explique du fait des guerres très coûteuses menées en Irak et en Afghanistan.
La politique étrangère étasunienne est agressive et sans concession pour personne (sauf peut-être Israël) et le reste du monde se positionne donc de deux façons :
Les vassaux, aplatis devant sa puissance et préférant l’alliance, c’est-à-dire la sujétion volontaire. La France en fait partie (Sarkozy a rendu ce fait visible).
Les concurrents indépendants, eux, tentent de se dégager de l’étranglement du python américain qui ne dissimule pas sa prédation à leur encontre.
Ces concurrents sont La Chine et la Russie.
La Chine, n’usant de la force qu’à l’intérieur de ses frontières (le Tibet en fait hélas partie) et ne pratiquant à l’égard du monde extérieur qu’une colonisation économique, les États-Unis ne peuvent que provoquer Pékin en soutenant Taïwan2 et en menaçant les dirigeants chinois d’une intervention américaine en cas de tentative d’invasion de l’île dissidente3. La présence militaire US au Japon, et dans plusieurs sites stratégiques sur l’océan Pacifique, et son soutien à la Corée du Sud et à Taïwan forment une menace directe pour la Chine.
La Russie, immense puissance nucléaire depuis l’URSS et tentant de reformer son ère d’influence et de revenir à sa place de seconde puissance mondiale, connait une véritable offensive des USA qui n’aura de cesse qu’une fois ce concurrent à genoux, et prêt à devenir lui aussi un vassal obéissant.
Sous couvert de guerre contre le terrorisme et de défense préventive contre un Iran bientôt nucléarisé, les États-Unis ont développé plus que jamais l’Otan, les pays membres de l’organisation transatlantique se pressant en Europe de l’Est aux portes de la Russie. L’Union Européenne, en bon toutou, a décidé de prêter main forte à l’Otan, auquel la plupart de ces membres adhèrent, et de déployer un imposant dispositif anti-missile qui viendra compléter les bases participant au projet ABM (Anti Missile Balistique)4. Or cet encerclement par l’Ouest de la Russie est bien sûr ressenti par le Kremlin comme une politique belliqueuse des USA5, ce que comprennent bien les experts internationaux qui voient là une manœuvre visant à désamorcer la capacité de dissuasion atomique russe et parallèlement à doter l’Amérique d’une puissance de feu lui ouvrant les portes de l’Asie Centrale et lui permettant d’intervenir dans cette zone stratégique et riche en ressources énergétiques, afin d’y assoir son leadership6.
Les deux voisins communistes, bien qu’historiquement rivaux, jouent un jeu ambigu ou se mêlent échanges, coopération et méfiance. Ainsi, bien que Moscou ait contre toute logique autorisé l’installation de bases américaines en Asie Centrale – dans des pays de la CEI – à la frontière Ouest de la Chine, des exercices militaires conjoints de grande envergure ont eu lieu plusieurs fois entre les forces russes et chinoises7.
Et si la Chine est depuis 2000 le premier importateur mondial d’armement, c’est à 93% en Russie qu’elle se fournit8. De plus, la Russie, second producteur mondial de pétrole, construit de gigantesques pipe-lines pour alimenter très prochainement la Chine en hydrocarbures.
Ce partenariat pourrait, à mon sens, constituer la partie visible de l’iceberg, et dissimuler une véritable alliance naissante et qui rappellerait le traité Rapallo, traité secret signé en avril 1922 par l’Allemagne Nazi et l’URSS et qui a permis le réarmement massif du 3ème Reich, la fabrication de son aviation et de ses sous-marins, l’entrainement de ses pilotes etc. en échange du transfert de son savoir-faire dans les domaines du renseignement et de l’industrie de l’armement. Dans le plus grand secret, des usines sont ouvertes en URSS et du personnel local, encadré par des ingénieurs et techniciens allemands, va produire à un rythme soutenu un impressionnant arsenal de guerre pour les deux puissances dévoyées du monde de l’époque9.
Donc, tous les intervenants souriants déplacent leurs pions sur l’échiquier mondial en se réclamant de l’anti-terrorisme tandis que le marché de l’armement atteint des sommets. L’alibi de la guerre contre le terrorisme a même permis d’assouplir les règles de fournitures d’armes de façon à en livrer à profusion, même à des régimes peu soucieux des droits de l’homme10.
La France, 5ème exportateur mondial, n’en est pas moins, malgré la crise, le 3ème en matière de dépenses d’armement, en augmentation de 4,5% en 2008.
Notre bienveillant président, jurant devant Arlette Chabot et PPDA qu’il allait bien prendre soin du pouvoir d’achat des citoyens, a fait passer en urgence dans la nuit du 16 au 17 juillet la LPM 2009-2014 (Loi de Programmation Militaire), allouant sur 5 ans une enveloppe de 185 milliards d’euros à la défense. Sachant qu’une restructuration de l’armée fait aussi partie du plan, prévoyant la fermeture de 80 unités et la suppression de 6,4% de son personnel civil et militaire11, cette loi, passée de façon peu orthodoxe – encore une… – permettra certainement de continuer à acquérir davantage d’armement, et sans doute aussi de déléguer les opérations armées courantes à des organisations privées (mercenariat, de plus en plus en vogue).
Si la hausse des ventes d’armes a de quoi réjouir le complexe militaro-industriel des pays exportateurs12, je trouve pour ma part inquiétant de constater une telle course à l’armement (45% de hausse en 10 ans !) se poursuivre, et même s’accélérer alors que les priorités logiques en ces temps de crise financière grave seraient plutôt un soutien aux secteurs économiques et sociaux –financiers : c’est déjà fait…
Mais notre pays semble bien pris dans un tourbillon, et sa politique n’est certes pas l’expression de son peuple que l’on prétend souverain. J’ai l’impression que des évènements terribles sont en préparation13.
Où donc se joue l’avenir de notre monde et qui donc prend les décisions in fine ?
Deux camps s’affrontent : D’un côté, les partisans de la thèse de l’auto-détermination des populations et de la séparation de la finance et de l’état.
D’un autre côté, les partisans de la thèse du complot14.
Plus je creuse, et plus je me rends compte que la seconde catégorie est plus proche de la vérité, et qu’elle est loin d’être le fait de paranoïaques et de foldingues.
La première, par contre, est amplement pourvue d’ignorants à qui on ne la fait pas, et de cyniques qui les maintiennent dans leur position, les œillères dans la bonne direction.



1. Voir l’article de Libération « Guerre en Irak, puissances émergentes: les dépenses militaires explosent »
2. Notamment en lui fournissant des missiles en réponse à l’installation de missiles chinois pointant vers l’île.
3. Lire entre autres le livre d’Éric Laurent – La face cachée du pétrole – Plon ("Une Chine qu’il vaut mieux stopper maintenant"-p283)
4. Voir l’émission « Le dessous des cartes – Otan, nouvelle donne »
5. Voir l’article paru sur russomania.com : « le bouclier antimissile en Europe de l’Est et l’expansion de l’Otan »
6. Voir l’excellent article – bien que datant de 2007 – de Jean Geronimo « L'objectif caché du bouclier antimissile américain : le contrôle de la puissance russe » reproduit sur mondialisation.ca
7. Depuis 2005 dans la Péninsule de Shandong (voir « Le dessous des cartes – Russie-Chine, partenaires ou rivaux ») jusqu’à "Mission de paix 2009" (voir l’article paru sur RIA Novosti)
8. Voir « Le dessous des cartes – Russie-Chine, partenaires ou rivaux »
9. Lire le livre d’Éric Laurent – La face cachée du pétrole – Plon ("une alliance entre des bandits et des ruinés"-p.53)
10. Voir l’article paru sur le Monde Diplomatique : « Le grand bazar des armes »
11. Voir l’article publié sur challenges.fr
12. Voir les articles parus sur le monde.fr, spyworld-actu.com (reprise d’une page obsolète de latribune.fr) ou de RIA Novosti
13. Impression qui ne fait que conforter mes prévisions, puisque la situation décrite dans mon livre « 2020-2030 Chroniques de la survie ordinaire » est tout à fait conforme à ce scénario.
14. À ce propos, on peut lire l’article tout à fait pertinent (quoique non sourcé) d’Olga Chetverikova « une crise utilisée comme moyen pour instaurer un État totalitaire mondial » et traduit sur le site mondialisation.ca




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lundi 13 juillet 2009

Terrorisme, guerre et raison d'état

« J'ai vu des collègues brûler vif un enfant de quinze ans. J'ai vu des soldats se déguiser en terroristes et massacrer des civils. J'ai vu des colonels assassiner, de sang-froid, de simples suspects. J'ai vu des officiers torturer, à mort, des islamistes. J'ai vu trop de choses. Autant d'atteintes à la dignité humaine que je ne saurais taire. Ce sont là, des raisons suffisantes, j'en suis convaincu, pour briser le mur du silence." Ancien parachutiste dans les forces spéciales de l'armée algérienne, Habib Souaïdia apporte […] le premier témoignage, à visage découvert, d'un officier ayant vécu au jour le jour la «sale guerre» qui déchire son pays depuis 1992. Il raconte ce qu'il a vu : la torture, les exécutions sommaires, les manipulations, les assassinats de civils. Et surtout, il lève le voile sur l'un des tabous les mieux gardés du drame algérien : le fonctionnement interne de l'armée algérienne. Il donne à voir le cynisme calculateur et la folie sanguinaire de certains généraux, le bourrage de crâne de leurs troupes, mais aussi le désespoir des soldats contraints à des actes barbares, les ravages de la drogue et des purges internes...1 »


J’ai acheté le livre d’Habib Souaïdia à sa parution, en 2000. Cela faisait alors déjà quelques années que la guerre contre le GIA était à la une. Pratiquement chaque jour, on apprenait au journal télévisé un nouveau massacre attribué aux islamistes.
Personnellement, j’ai toujours trouvé bizarre la version des faits dont on nous abreuvait. En effet, pourquoi les islamistes s’en prenaient-ils à des petites gens des campagnes, égorgeant et brûlant hommes, femmes et enfants d’une population de gens pieux et qui, quelques temps avant, avaient majoritairement voté pour le FIS2, parti politique dont ils représentaient la branche armée, alors que c’était à la dictature militaire qu’ils s’opposaient ?
Ce livre m’a révélé toute l’horreur qui se cachait derrière cette affaire, car quel est le comble de l’horreur ? Des extrémistes barbares qui commettent les pires atrocités pour… on ne sait pas trop. Ou un gouvernement vacillant qui commandite ces atrocités pour les imputer à ses adversaires politiques et conserver un pouvoir gagné, quelques décennies plus tôt, par le même moyen (attentats, actes barbares etc.), pouvoir conservé à l’aide d’un simulacre grossier de démocratie, et légitimé dans les faits par des médias complaisants – ce qui, en Algérie, peut sembler logique, mais qui surprend de ce côté-ci de la Méditerranée.
Un fait récent a dirigé ponctuellement le projecteur sur cette époque (est-elle vraiment révolue ?). Le 7 juillet, j’entendais à la radio un court reportage :

« Les moines français de Tibéhirine tués en 1996 auraient été victimes d’une "bavure" de l’armée algérienne, selon un général français entendu le mois dernier par la justice. Il met également l’armée algérienne en cause dans la mort de l’évêque d’Oran, Mgr Pierre Claverie.3»


Les têtes de sept moines trappistes, prétendument enlevés par le GIA, étaient retrouvées 2 mois plus tard, le 21 mai 1996, dans un champ près de Médéa, et l’évêque d’Oran qui pensait à l’implication du gouvernement algérien décéda dans l’explosion d’une voiture piégée le 1er août 1996.
D’après le général Buchwalter, officier en retraite de l’armée de terre, affecté à la DGSE, en poste alors à Alger, il s’agirait d’un mitraillage accidentel effectué depuis un hélicoptère, et maquillé ensuite en barbarie d’extrémistes.

« Il dit avoir recueilli les confidences d’un ancien officier algérien et, poursuivent Le Figaro et Mediapart, explique avoir rendu compte par écrit du mitraillage des moines au ministère de la Défense, à l’état-major des armées et à l’ambassadeur de France alors en poste à Alger, Michel Levêque. "Il n’y a pas eu de suites, ils ont observé le black-out demandé par l’ambassadeur", assure-t-il.3 »

Le témoignage, produit devant un juge d’instruction, ne provient certes pas d’un illuminé, mais certains dénoncent une calomnie politicienne. Et ce d’autant plus que le général protège sa source dans un souci de sécurité4. Cependant, ce n’est pas le premier témoignage rendant compte de la bavure militaire algérienne. On peut lire à ce propos l’excellent article paru sur le site Rue89 le 12/07/2008 et actualisé le 06/07/2009. On y trouvera une parfaite historique de l’événement. On y lit notamment que « le 18 avril, le communiqué n°43, signé « Abou Abderrahmane Amine » (pseudo de Djamel Zitouni, ancien vendeur de poulets devenu chef du Groupe islamique armé (GIA), revendique l'enlèvement. »
Or Djamel Zitouni est, d’après un reportage accablant de la chaine Canal +5, un pion placé à la tête du GIA par la DRS algérienne (Direction du Renseignement et de la Sécurité), après une vague d’assassinats des chefs du groupe armé. C’est avec son avènement que commencent les atrocités perpétrées sur des civils. De quoi appuyer les dires de Habib Souaïdia qui affirmait dans son livre avoir reçu l’ordre impératif de ne pas bouger, alors que dans des maisons situés à quelques centaines de mètres des militaires se déroulait un carnage dont ils entendaient les cris. Il décrit même le cas de massacres où des hélicoptères (fournis gratuitement, je crois me souvenir, par la France), équipés de matériel Hi Tech de vision nocturne, effectuaient des tours au-dessus du lieu du drame. Un détail troublant que l’on retrouve dans d’autres reportages comme « Bentallah : Autopsie d’un massacre »6, ou dans l'article "Du GSPC à Al-Qaeda au Maghreb" au chapitre "Juin 2005 : l’attaque par le GSPC de la caserne mauritanienne de Lemgheity"7.
L’analyse de ces reportages, livres, articles prouve, sources à l’appui, l’utilisation de mouvements extrémistes sous contrôle afin de légitimer le maintien au pouvoir de gouvernements corrompus et vassaux de services secrets aux mains de militaires peu scrupuleux (en Algérie tout d’abord, mais aussi, comme le démontre l’article précédemment cité, en Mauritanie et sans doute ailleurs : l’idée est tellement bonne…). Outre les tueries aveugles menées par ces groupes salafistes et épaulés par certaines sections au sein des forces spéciales, on doit aussi à ses régimes l’utilisation de la torture, de la justice expéditive, des condamnations arbitraires, des arrestation d’opposants etc.8
Si l’on ajoute à ce tableau la complicité entre les différents services secrets rencontrés au fil de l’enquête, et la collusion entre hommes politiques d’influence français et les généraux algériens9, on ne peux que penser à Pinochet et autres dictateurs sud-américains, et à la politique de la CIA qui les a mis en place, conseillés et soutenus lorsqu’ils gardaient le pouvoir par la terreur.
La seule différence, c’est la transformation, aux yeux de l’opinion, du danger incommensurable qui la menace : hier, c’était les rouges, le bloc de l’Est, la racaille communiste. Aujourd’hui, c’est l’islamisme, le terrorisme, les infectes barbares…
On en revient encore à ce cher George Orwell et à 198410 ! N’y avait-il pas décrit avec brio la façon de maintenir le peuple sous contrôle en inventant un ennemi, une guerre perpétuels ? Voici un concept qui doit nécessairement être enseigné dans les cercles des haut-placés…




1. Extrait de la quatrième de couverture du livre « La sale guerre -Le témoignage d'un ancien officier des forces spéciales de l'armée algérienne, 1992-2000 » - Habib Souaïdia La découverte – Visible sur le site des éditions La découverte.
2. Front Islamique de Salut
3. Article et reportages sur le site de France-Info
4. On peut toutefois s’interroger sur la réelle protection et l’anonymat de la source : il dit avoir eu l’info du frère d’un des pilotes d’hélicoptères impliqués dans l’action (il y en avait deux…)
5. Reportage de l’émission 90 mn, visible en 3 parties sur Dailymotion : À qui profite le terrorisme ? 1, 2& 3
6. Visible en 5 parties sur Dailymotion : 1, 2, 3, 4 & 5.
7. "Du GSPC à Al-Qaeda au Maghreb", publié sur le site Mecanopolis, excellent dans son ensemble, cet article met en lumière la manipulation de l'opinion en vue d'associer le GIA transmuté en GSPC (Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat), et Al Qaeda par les services secret algérien, français et américains, et le relais de cette intox par les médias internationaux.
8. Voir à ce propos l’article paru sur afrik.com faisant état du rapport d’Amnesty International sur « La pratique de la torture par la Sécurité militaire en Algérie » ou encore les articles parus sur algeria-watch sur l’histoire du régime algérien et plus précisément du coup d’état de 1992 , ou encore leur retranscription du rapport d’Amnesty sur le procès d’Habib Souaïdia.
9. Collusion dénoncée ça et là dans les diverses sources précitées, mais on trouvera une enquête développée quant à la manipulation franco-algérienne pour extrader les opposants algériens du FIS en exil ( affaire Thévenot .) visible encore sur Dailymotion. Voir aussi à ce propos « Le « vrai-faux » enlèvement des époux Thévenot - Script du documentaire de Jean-Baptiste Rivoire, diffusé sur Canal + le 1 décembre 2003 », retranscrit par Algeria-watch. À propos de l'affaire des moines de Tibéhirine, voir encore l'article sans appel "les moines en Algérie tués par les militaires" paru de même sur le site Algéria-Watch.
10. George Orwell – 1984 - Folio




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lundi 29 juin 2009

Résister au protectionnisme

«On ne peut ajourner la libéralisation du commerce», après l'échec de ces négociations, a affirmé le président Lula. En ces temps de crise, il est «essentiel de résister au protectionnisme », a renchéri José manuel Barroso. «Rien ne serait pire que le protectionnisme», a répondu en écho le président français.1


Nos amis du club "copain des riches", réunis pour un sommet UE-Brésil où se complotent quelques échanges de bons procédés, nous rassurent: le cynisme et l'inhumanité ont encore de beaux jours devant eux à l'OMC et au FMI2.
Après tout, on doit à la politique de ces superbes organisations, supposées démocratiques, la dette abyssale des pays pauvres, la famine, les guerres et tout le mal qui peut découler de la misère sans issue.
Quelques années de lecture du Monde Diplomatique, de Courrier International, et la lecture de plusieurs livres m'ont appris la marge qui existe entre les déclarations d'intentions et les conséquences bien réelles de ces politiques3.
Tout commence avec le rapport de force en faveur des pays du Nord. Les élites de ces pays ont installé à la tête des pays inféodés des chefs d'état corrompus et entièrement dévoués à leurs protecteurs. Ce fut la Françafrique4, mais aussi la mainmise des USA sur l'Amérique Latine, celle de Moscou sur le Bloc de l'Est, celle de Londres sur le Commonwealth et maintenant celle, grandissante, de la Chine. Ces élites donc, avec leurs acolytes, se sont livrées impunément durant des décennies à un double cambriolage.
Dans un sens, ils ont fait main basse sur les richesses (métaux, pierres précieuses, bois, pétrole etc.) de ces pays.
Dans l'autre sens, ils ont pillé l'argent public des pays riches, sous couvert d'aides au développement ou de juteux marchés. Et dans ce sens-là, ils ont également creusé la dette du Tiers-Monde.
On a pu voir ainsi notre bon président Mitterrand entamer ses deux mandats par une tournée africaine de distribution d'aides au développement. Au moins, il ne s'est pas embarrassé de fioritures et de faux-semblants... Quand on considère la fortune éhontée des présidents africains amis de la France, on ne peux qu'imaginer la part qui revenait à nos chefs d'états. Difficile de croire à la réelle disparition des paradis fiscaux! En tous cas, pour ce qui est des dettes des états, pauvres ou riches, on sait où est passée une bonne partie de l'argent.
Certes, les aides ne sont pas entièrement consacrées à l'enrichissement des hommes d'états. Une partie est dédiée à la passation de marchés avec de grands groupes français, marchands d'armes, BTP et industriels. Bien entendu, tous dirigés par l'élite qui a pu ainsi accroître ses profits sur le dos du peuple, d'où l'écart toujours accentué entre cette caste et le reste de la population. Le livre de Pierre Péan, "l'argent noir"5, révèle les tenants et les aboutissants d'une escroquerie à l'argent public français perpétrée par les gouvernements successifs (principalement: présidence, ministère des finances et quelques commissions obscures) pour le compte de ceux que le président Sarkozy affiche comme ses amis, et qui sont cette poignée de familles qui possèdent la France et pour laquelle tout le monde travaille.
L'argent de l'aide au développement a d'abord servi à financer des commandes d'armement et de gigantesques éléphants blancs, ces projets aussi pharaoniques qu'inutiles (par exemple ces impressionnants abattoirs construits au milieu du désert à Foucha, au Tchad, et dont "le tunnel de congélation [...] n'a jamais été utilisé, aucun marché local de viande congelée n'existant et n'ayant été suscité5"). À cet argent est venu s'ajouter, au début des années 80, les excédents en pétrodollars que les pays producteurs, Arabie Saoudite en tête, avait placés dans l'industrie occidentale, et que les banquiers utilisèrent pour faire des prêts à taux élevés aux pays en voie de développement6.
Pour un grand patron, le gain opéré grâce à ces marchés avec les pays pauvres est double: dans un premier temps, il fait fonctionner son entreprise, travailler ses employés, augmente le chiffre d'affaire et donc se voit octroyer des récompenses (salaire, primes, parachute doré etc.). Dans un second temps, la passation de ces marchés donne lieu immanquablement à de fortes commissions (d'autant plus fortes qu'elles incluent la rétro-commission...) proportionnelles aux montants engagés, ce qui explique la démesure des projets.
Tant que le pays engagé est dans le haut de la vague, tout va pour le mieux. Mais très vite, l'argent des aides et des crédits partis, il faut trouver une combine pour nos chers truands en cols blancs. C'est là qu'intervient le ministère des finances, et la Coface, assureur des marchés, qui coopte puis rembourse - prix de vente + commissions - les ventes douteuses aux paiements (sans surprise) non honorés.
"Par exemple, le Pérou a acheté à Dassault 26 Mirage (ramenés ultérieurement à 12) ... alors qu'il négociait avec le FMI le troisième rééchelonnement de sa dette7".
Conclusion tirée par Pierre Péan:

"Les sinistres augmentent chaque année d'une manière inquiétante: la Coface a payé aux industriels et banquiers français une ardoise de 24 milliards en 1987 (19,3 en 1986, 14,6 en 1985). Nous approchons à grands pas de l'absurdité: de plus en plus de contrats signés, ces dernières années, avec l'étranger sont en réalité financés par le contribuable français! Des contrats qui ont assuré la prospérité (ou évité la faillite) de quelques groupes, garnis des comptes en Suisse au profit de quelques dirigeants du Tiers Monde, et freiné le développement de ces pays, voire accru dramatiquement leur pauvreté."8
"Les conséquences de l'engagement de l'état n'ont jamais été expliquées aux contribuables. Les représentants du peuple, et à plus forte raison les citoyens français, ne savent pas qu'une partie non négligeable de leurs impôts a abouti de la sorte dans les caisses des "grands" des travaux publics. Ils ne connaissent pas non plus, il est vrai, les liens ambigus tissés au fil du temps entre certains de leurs hommes politiques et tels ou tels grands patrons de ces entreprises..."9

La mafia constituée par la collusion entre les élites fortunées et les hommes d'état a donc réussi, en s'enrichissant de la sorte, à créer de la dette au Nord comme au Sud, précipitant le monde dans la crise et, comme je le prévois, à moyen terme, dans le chaos et la guerre10.
Bien entendu, la dette, la crise dans les pays pauvres sont amplifiées et bien plus précoces que dans les pays riches. Les gouvernements de ces pays se sont ainsi trouvés obligés de se tourner vers le FMI, seule la banque mondiale étant en mesure de les renflouer (ce n'était pas Omar Bongo, Mobutu ou Félix Houphouët-Boigny qui allaient rembourser...).
Or, si le FMI injecte de l'argent dans un état, il le fait sous condition. Usant d'un droit de regard sur l'administration, les finances du pays etc., il ordonne des changements sensés améliorer la gestion de l'économie, éviter les écueils. Mais le rôle du FMI va plus loin, et s'il s'est attiré les foudres des ONG altermondialistes, c'est qu'il est devenu le partenaire, le complice de l'OMC, conditionnant ses prêts aux règles de marché imposées par les mêmes élites du Nord qui ont initié le processus d'endettement des pays du Tiers Monde.
Dans le secteur de l'agriculture, je laisse la parole à Jean Ziegler pour résumer le résultat de cette politique:

"L'absurdité de la situation des marchés agraires est la suivante: les pays riches, donc l'Union Européenne, les USA etc. pour produire et exporter subventionnent leur agriculture. L'année dernière (2004) 349 milliards de dollars on été versés, soit près d'un milliard par jour.
La conséquence de cela, c'est le dumping et la destruction de l'économie agraire dans l'hémisphère sud, où il n'y a presque que des paysans.
Laissez-moi vous donner un exemple:
La capitale du Sénégal, Dakar, abrite le marché Sandagar, le plus grand marché agraire d'Afrique de l'Ouest. Sur le marché Sandagar, vous pouvez acheter des légumes européens, des fruits européens, des patates européennes etc. au tiers du prix local. Alors, le paysan sénégalais, même en travaillant 18 heures par jour sous un soleil brûlant, n'a plus aucune chance de pouvoir gagner sa vie grâce à sa terre. Que doit-il faire? S'il en a encore le force, il émigre illégalement et au péril de sa vie par le détroit de Gibraltar et se fait exploiter dans le sud de l'Espagne ou comme balayeur à Paris en acceptant des conditions de vie inhumaines."11

En constatant tout ceci, on ne peux que comprendre la position de nos amis "copains des riches": le plan jusqu'ici marche comme sur des roulettes. On ne va tout de même pas inverser le processus si près du but...


1. Citation d'un article paru sur le site 20minutes.fr
2. "Organisation Mondiale du Commerce" et "Fond Monétaire International".
3. Voir l'article de Serge Halimi sur Le Monde Diplomatique (archives-mai 2008)
4. De François-Xavier Verschave -La Françafrique : Le plus long scandale de la République - Stock
Voir la page qui lui est dédiée sur Wikipédia.
5. Voir le livre de Pierre Péan "L'argent noir - corruption et sous-développement" Fayard
6. Voir l'article publié par Evelyne LEVEQUE pour "les Amis du Monde diplomatique"
7. "L'argent noir - corruption et sous-développement", précédemment cité, p.89
8. idem p.91
9. idem p.85
10. Voir mon livre "2020-2030 Chroniques de la survie ordinaire"
11.Jean Ziegler, Rapporteur spécial auprès des Nations Unies sur le droit à l'alimentation -intervention dans le film documentaire "we feed the world".


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mardi 23 juin 2009

De l'affaire de Tarnac

Appelée aussi "l'affaire Coupat" du nom du principal accusé, désigné comme le chef d'un réseau terroriste anarcho-autonome (comme le disait Coluche: "rien que le nom m'amuse!") et resté six mois derrière les barreaux, relâché le 28 mai 2009.
Je ne reprendrai pas ici les détails de l'enchaînement des faits, ceux-ci étant largement relayés sur internet1, je me contenterai donc d'un bref résumé:
Le 11 novembre 2008, un jour après le sabotage de caténaires d'une ligne TGV, la police interpelle 9 personnes dont Julien Coupat et sa compagne.
Intervention prompte de la ministre de l'intérieur qui se félicite de la vélocité de l'enquête ayant abouti à la mise en examen d'un groupuscule de violents activistes anarcho-autonomes.
La presse, et notamment les journaux télévisés, procède immédiatement au lynchage médiatique de ces jeunes gens sensés être protégés, tant qu'aucune preuve n'aura été trouvée, par la présomption d'innocence.
Pourtant, de l'enquête policière aux déclarations des magistrats, des enquêteurs des RG au ficelage des reportages et articles traitant du sujet, toute l'instruction, toutes communications sont faites à charge2.
Sur les 9 personnes interpelées, 4 sont relâchées le jour même, puis 4 autres seront remises en libertés sous contrôle judiciaire dans les semaines suivantes. Julien Coupat restera placé en détention préventive 6 mois, avant d'être également remis en liberté sous contrôle judiciaire, avec l'interdiction formelle d'entrer en contact avec ses amis ou sa compagne.
L'instruction, n'ayant toujours aucune preuve ni aucun aveu à mettre à la charge des accusés, est sensée "suivre son cours"...
Cette affaire a soulevé une vague de protestation qui me paraît fort légitime. En effet, le fiasco politique (interventions entêtées de Michelle Alliot-Marie), médiatique (reportages et annonces de présentateurs de JT présentant les suspects comme coupables depuis le début et brodant sur le thème "action directe") et judiciaire (acharnement stérile et reposant sur des justifications inconsistantes), ce qui a été dénoncé comme un fiasco donc n'est pas sans rappeler d'autres affaires où l'emballement de toutes ces instances n'avaient finalement produit que la destruction de personnes innocentes.
Les médias ne font pas volontiers leur Mea Culpa. Et voici qu'ils nous prouvent, une fois de plus, qu'ils ne retiennent pas non plus les leçons du passé. Mais après tout, retenir les leçons du passé serait une preuve de volonté déontologique. En matière de déontologie des journalistes, entre ce qui est affiché et ce qui est révélé par les faits, il y a un gouffre.
Il en va de même pour les sphères politiques et judiciaires, empêtrées dans cette affaire qui n'aura pas produit les résultats escomptés - enfin, peut-être pas: je ne suis pas dans le secret des dieux, après tout...
En tout cas, cette affaire, à mon sens, aura mis en évidence le danger des lois anti-terroristes votées en France comme aux États-Unis après le 11 septembre 2001 et créant de fait, pour tout acte qualifié de terroriste, une bulle judiciaire de non-droit. Partant, Guantanamo n'est certes que le paroxysme de ce que l'on peut vivre en France ou dans tous les pays dotés d'un tel arsenal juridique (donc, sans doute, tous les pays...) dès lors que l'on est accusé d'acte ou de tentative d'acte terroriste.
Vincent Coupat, mis en examen et incarcéré au motif de "direction d'une association de malfaiteurs et dégradations en relation avec une entreprise terroriste", s'est retrouvé, à cause de ces deux derniers mots, dans un statut proche des prisonniers de Guantanamo.
Ainsi, malgré la longueur de la garde à vue de ces 4 camarades, aucun d'eux n'a fait d'aveu. Et on peut imaginer la pression qu'ils ont dû subir - séparation d'emblée, interrogatoires croisés, musclés, bluff etc.
Malgré les perquisitions et les moyens mis en œuvre - y compris médico-légal - aucune preuve n'a pu étayer les soupçons de la police.
Et malgré, pour finir, la revendication d'actions de sabotages intervenues sur les réseaux français et allemands par un groupe allemand manifestant ainsi son opposition aux transports ferroviaires de matières radioactives de la France vers l'Allemagne, et ce dès le 9 novembre, malgré tout cela, Vincent Coupat est resté incarcéré 6 mois et n'est même pas ressorti blanchi.
Un de ses 3 amis libérés le 2 décembre 2008 déclare sur Fance 2: "Les trois quarts de l'enquête ont porté sur d'autres raisons que celles-ci", faisant allusion à l'attentat.
Tout compte fait, après avoir lu une abondante documentation sur cette affaire, j'en viens à la conclusion que faire porter le chapeau à ces jeunes et les qualifier de terroristes a surtout servi à les punir pour leurs idées altermondialistes, et pour leur participation à des manifestations contre le contrôle des Multinationales, du FMI, de l'OMC...
Les RG espéraient certainement profiter de leur subterfuge pour dénicher quelque chose de probant lors de la perquisition ou des interrogatoires, puisque leur coûteuse filature n'avait jusqu'alors rien donné, à part une prose paranoïaque qui n'avait trompée que leur ministre -enfin, peut-être...
Bref: garde bien tes idées humanistes pour toi, ainsi que ta défiance du système qui prétend te donner la liberté (d'expression, de manifester etc.) car l'œil de Big Brother est sur toi.
Encore un chapitre de 1984 qui vient d'être écrit devant nous.



1. Voir à cet effet la page consacrée à cette affaire sur Wikipedia ou celle, remontant les faits jusqu'au 15 décembre 2008 mais néanmoins très complète, parue sur le tigre.net
2. À propos du manque évident d'objectivité des médias, voir entre autres l'article de Jamel Lakhal paru sur Acrimed.

Mise à jour: voir "la note intégrale de la défense remise au juge", disponible en pdf à partir de cet article paru sur davduf.net.


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lundi 15 juin 2009

De la loi Hadopi

La loi Internet & Création -créant la commission de contrôle Hadopi- est responsable de beaucoup d'agitation depuis sa présentation le 23 novembre 2007 par Denis Oliviennes, mandaté par la ministre de la culture Christine Albanel1.
L’aspect qui a retenu l’attention, sans doute car le seul présenté dans les médias, est l’aspect de la riposte graduée sensée s’abattre sur les internautes téléchargeant des contenus protégés.
C’est également cet aspect qui a rebuté le conseil constitutionnel. Car la Hadopi (Haute Autorité pour la Diffusion des Œuvres et la Protection des droits sur Internet) est une autorité indépendante, n’ayant aucune légitimité judiciaire ou juridique, ne dépendant que du pouvoir exécutif, ne rendant des comptes qu’aux ministères concernés, et donc, par suite, qu’au président de notre belle tyranocratie.
Mais d’autres aspects sont passés inaperçus du grand public, et ce sont ces parties immergées qui me semblent vraiment menaçantes, non pas pour les prétendus pirates, qui ne font guère plus que dupliquer de la musique et des films, ce qui se faisait tout autant avec les cassettes audio et les magnétoscopes VHS, non : la véritable menace concerne tous les citoyens.
En effet, les mesures préconisées par cette loi induisent une coercition insoutenable, obligeant les internautes à payer et installer sur leur disque dur un logiciel-espion censé prouver leur innocence en cas d’accusation par une société de diffusion artistique, grâce à la connexion de ce mouchard avec la Hadopi2.
De plus, le gouvernement ne se cache pas d’une volonté de pénétration toujours accrue – et allant à l’encontre de toute légalité – de nos ordinateurs, au besoin en installant sans contrôle judiciaire, des mouchards à notre insu – trojans ou chevaux de Troie –, une technique de vrais pirates, cette fois3!
Bien évidemment, les motifs affichés lors des passages en force de ces lois par ce que l’on a appelé les députés-godillots4 sont inattaquables : Pédopornographie (Loppsi), protection du droit d’auteur (Dadvsi, Hadopi). Or de nombreuses analyses démontrent l’inefficacité de ces dispositifs, voire même leur contre-productivité. Ces analyses, disponibles sur internet et dans certains magazines ultra-spécialisés, sont comme par hasard très peu relayées dans les grands médias, et notamment la télévision. Ainsi, les justifications de ces lois, évidentes pour le peuple, pousse la majorité peu – et donc mal – informée à défendre en bloc, ou tout au moins à accepter, les mesures préconisées par ceux qui savent.
Cette technique fine, impossible à réaliser – je le répète – sans le concours inconditionnel des médias, permet d’implanter lentement mais sûrement un totalitarisme grandissant, utilisant à ses fins les nouvelles technologies et leur caractère incontournable dans notre société.
Malgré le rejet du conseil constitutionnel, la loi dite Hadopi a été promulguée en hate par le président de la république et publiée au journal officiel. Désormais "loi n°2009-669 du 12 juin 2009 favorisant la diffusion et la protection de la création sur internet", on y a mis entre parenthèses les dispositions censurées par le CC.
Certains crient déjà victoire en constatant l’inutilité de ce texte de loi sans force de frappe.
Mais cette loi promulguée n’attend plus que les amendements qui permettront de contourner la censure des sages5. L’acharnement du gouvernement dans cette affaire – entre autres – nous montre bien, en cette période de grave crise, que sa préoccupation première est le contrôle de la population, le fichage de tout un chacun – c’est en tout cas le chemin direct larvé dans la continuité d’Hadopi, Loppsi…
Les articles comme celui-ci sont nombreux sur le net, témoins de l’inquiétude d’une intelligentsia qui ne restera toujours que très largement minoritaire en face de l’imposant troupeau qui a porté au pouvoir ces tyrans déguisés, élus sur de fausses promesses, avec des discours fallacieux, et qui savent le conduire de main de maître, de l’étable aux champs, aux pâturages, et jusqu’aux abattoirs…


1. Voir la page consacrée à ce sujet sur Wikipedia (textes à prendre avec précaution: pouvant être partisans...)
2. voir cet article publié sur Agoravox. On peut consulter d’ailleurs tous les articles publiés par ce rédacteur pour une bonne compréhension du sujet.
3. Voir cet article publié sur Le Monde.fr
4. qui votent uniquement sur consignes du sommet, et non pas selon leur libre-arbitre, soucieux de la représentation populaire dont ils ont le mandat.
5. voir cet article publié sur Numerama.




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mardi 9 juin 2009

Alors, complot ou pas complot?

Tout d'abord, à quelques mois des faits, parution du livre choc du journaliste Thierry Messan1, puis, de proche en proche, d'autres journalistes suivent, dont le très sérieux Éric Laurent2, et des sites web3 se lancent dans la croisade pour la vérité dénonçant un montage politico-judiciaire et une omerta médiatique empêchant toute enquête impartiale sur les attentats du 11 septembre 2001. Des films documentaires, enfin, voient le jour l'un après l'autre, réinterprétant les images, vidéos, bandes son de conversations téléphoniques, ajoutant des interviews d'experts, témoignages de rescapés et des éléments d'enquête4.
Pour ma part, j'ai trouvé très vite la thèse officielle tirée par les cheveux - passeports des pirates de l'air retrouvés dans les cendres alors que l'acier des poutres était sensé avoir fondu sous l'effet de la chaleur de l'incendie... J'ai acheté le livre de Thierry Messan à sa sortie puis j'ai visionné "Farhenheit 9-11" de Michael Moore, lu plusieurs de ses livres, ceux d'Éric Laurent (4 en tout, dont "La face cachée du 11 septembre") et j'ai depuis vu 9 documentaires tout à fait sérieux (dont "9-11 mysteries", "11 septembre-En quête de vérité", "Contre-enquête sur le 11/09/2001", "Loose change" 1&2, et "Zéro-Enquête sur le 11 septembre") revenant sur ce jour où fut perpétré un abominable massacre, suivi de tant d'autres atrocités.
Je pense que pour tous ceux qui ne se sont pas davantage informés que ce qu'ils ont pu voir, lire et entendre dans la presse, il est normal d'aller au plus simple et hurler avec les loups.
Pour ceux qui ont fait un effort afin d'avoir un avis étayé, les choses sont bien différentes.
Ainsi, à la lecture de "la face cachée du 11 septembre" d'Éric Laurent, j'ai été troublé par l'avalanche d'incohérences de la version établie, et choqué par les graves manquements - qui ne peuvent être accidentels - de l'enquête officielle.
Par exemple, comment réagir devant le délit d'initié commis à la bourse de New-York les jours précédant le 11 septembre par d'importants groupes financiers américains5 et concernant des actions des sociétés de transport aérien dont les avions furent détournés lors des attentats? Et comment réagir en constatant que le FBI, après avoir révélé cette information, n'en fit plus jamais mention et que, bien que vérifiée depuis par des journalistes et enquêteurs indépendants, elle n'ait donné lieu à aucun supplément d'enquête et ne figure dans aucun rapport remis par le FBI ni par la commission officielle, bien décriée par ailleurs6?
L'insistance unanime des médias à ignorer ces incohérences et à fustiger les demandes de tous ceux (dont au premier rang les familles de victimes des attentats) qui demandent la réouverture du dossier et que soit diligentée une enquête indépendante du pouvoir, cette insistance médiatique ne révèle à mes yeux qu'une seule chose: la presse navigue à contre-courant de son rôle affiché: impartialité, quête de l'information, de la vérité, liberté etc.
En ce qui me concerne, je pense que l'idée que les citoyens se font de la démocratie ne devrait pas pouvoir s'accommoder d'une telle omerta politico-médiatique sur un fait aussi grave.
La réponse classique de la presse et des célébrités, vis-à-vis de ceux qui osent prendre la thèse officielle à rebrousse-poil, est d'adopter un point de vue dédaigneux et de qualifier les empêcheurs de tourner en rond de paranoïaques, de détraqués attirés irrésistiblement par les théories de complots scabreux...
Il faut dire que le 11 septembre fut immédiatement frappé du sceau du patriotisme, et donc tabou. Son évocation et surtout la remise en cause de la thèse établie, provoque l'émotion, la haine, l'hystérie collective et la lapidation le cas échéant.
L'illustration-type de ce processus est "l'affaire Bigard". Celui-ci, après avoir dit qu'il était désormais irréfutable qu'aucun avion de ligne ne s'était écrasé sur le pentagone, fut traité par la quasi-totalité du monde médiatique, politique et people comme un vulgaire révisionniste niant les camps de concentration de la seconde guerre mondiale.
Comme le suggère cette affaire, donc, la disproportion entre les propos tenu par Jean-Marie Bigard7 et le lynchage médiatique qui s'est immédiatement déclenché fait forcément songer à une dictature de la pensée unique qui va à l'encontre de ce que l'on enseigne aux enfants quant à la liberté d'expression, de la presse etc. de notre bonne démocratie.
Pourquoi les intellectuels se transforment-ils ainsi en meute de lanceurs de pierres au lieu de porter la polémique sur le terrain des arguments et des preuves?
Il est évident que ce ne sont pas les simplets qui se poseront la question.
Pour les autres, la réponse va de soi, surtout après s'être documenté sur les éléments publiés par les détracteurs du crédo universel, puisque ceux-ci ont fait l'effort de rassembler une collection impressionnante de preuves pour appuyer leur démarche, du pédigrée ou des réelles capacités de pilotage des soi-disant pirates de l'air8 jusqu'à l'interview du chercheur Niels Harris par la télévision danoise9.
À l'heure actuelle, je pense donc que ces attentats ont été commandités et commis de l'intérieur des États-Unis, et ensuite couverts par le gouvernement Bush puis par les systèmes parlementaire, judiciaire et juridique de ce pays.
Malgré la dénonciation de journalistes indépendants, les médias du monde entier ont relayé sans frémir une thèse tarabiscotée.
N'avons-nous pas là tous les ingrédients d'un complot, sans toutefois l'image d'Épinal de la réunion de membres masqués?
Le "1984" de George Orwell était d'une étonnante lucidité à vrai dire. Même l'ambiance sordide du monde qu'il décrit s'applique au notre.


1. l'effroyable imposture - Carnot
2. la face cachée du 11 septembre - Plon
3. depuis le "réseau Voltaire", dirigé par Thierry Messan, jusqu'à "ReOpen 9-11", site demandant explicitement la réouverture de l'enquête.
4. on trouvera une liste non exhaustive bien que plus qu'honorable sur le site "ReOpen 9-11"
5. dont le groupe Carlyle, recelant les intérêts de la famille Bush et... des Ben Laden.
6. voir notamment le film "11 septembre-En quête de vérité" où s'expriment les familles de personnes mortes suite aux attentats.
7. Jean-Marie Bigard annonce en page d'accueil de son site qu'il va revenir régulièrement sur le rapport controversé. "La version officielle est très drôle: il y a un rire par page!" Les épisodes de son réquisitoire sont sur dailymotion.
8. voir le film "Zero-Enquête sur le 11 septembre".
9. visible sur le site ReOpen 9-11



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mardi 2 juin 2009

L'effet d'annonce

Depuis déjà deux ans, je me rappelle fort bien avoir vu un économiste français, Marc Touati, régulièrement consulté dans "C dans l'air" (France5) et dans le Journal de 13h d'Élise Lucet (France2), révéler l'issue tragique où ne manqueraient pas d'aboutir la politique des subprimes et les dérives de la bulle spéculative1.
Ainsi que tous les téléspectateurs ayant suivi ces programmes, j'étais donc très tôt au courant de ce qui allait devenir le 3ème grand crack boursier mondial - les 2 premiers ayant directement précédé, et sans doute impulsé, les 2 guerres mondiales du 20ème siècle, ce n'est guère réjouissant...
On peut donc imaginer sans peine que les gouvernants, les magnats de la finance etc. en étaient eux aussi informés, et sans doute même mieux et plus tôt.
Or au début de l'éclatement de cette bulle boursière, le président Sarkozy, alors en déplacement aux Etats-Unis, dans une allocution visiblement sévère (ce dont il est certes coutumier) annonça que les responsables devaient être sanctionnés.
Parallèlement, les médias français, dans leur belle unanimité, présentaient les faits de la manière suivante:
  • la crise qui se profilait était grave et frappait de plein fouet les grandes banques et les organismes financiers internationaux.
  • la faute en revenait à Wall Street et aux banques américaines, qui avaient initié et gonflé des crédits véreux, et les établissements touchés étaient ceux qui avaient investi dans les fonds de placement infectés.
  • Heureusement, les banques françaises n'en faisaient pas partie. Comme pour Tchernobyl, le nuage allait certainement contourner la France...

À l'heure actuelle, l'argent public des états a été massivement injecté dans les grandes banques, ce qui n'a pas empêché l'effondrement des grands groupes industriels (le dernier en date: General Motors, en partie repêché à grand renfort de milliards de dollar US) et celui, moins médiatisé, d'une pléthore de PME-PMI. Les chiffres du chômage augmentent exponentiellement2. Et on cherche en vain les responsables châtiés suite au discours véhément du président français!

C'est que celui-ci applique une politique de communication qui s'est peu à peu imposée comme étant la plus efficace: l'effet d'annonce.

En effet, du temps de De Gaulle, on s'escrimait à dissimuler tout ce qui pouvait déranger, et à faire taire absolument les personnes disposées à faire des révélations. L'omerta existe encore bien de nos jours3, mais la différence réside dans la façon de traiter une fuite à même de provoquer un scandale public. À l'époque, les dirigeants éclaboussés devaient démissionner et finissaient leur carrière en coulisses, en pantouflant... L'attitude a désormais changé: on crie à l'indignation, on conspue, on annonce des mesures pour remédier à l'intolérable et... on ne fait rien. L'effet d'annonce suffit à faire retomber le soufflet. On crée des commissions d'enquêtes partisanes qui remettent un rapport convenu lorsque, des mois plus tard, l'opinion sera focalisée sur tout autre chose. Et le système continue à fonctionner dans le même sens.

L'orientation du système est fixée par une poignée de familles dominantes, qui accaparent la richesse, et donc le pouvoir, et tout naturellement n'ont pas l'intention d'en lâcher une miette. Se regardant les uns les autres, obnubilés par une compétition de luxe et de gaspillage ostentatoire4, ils ont engagé le monde dans une trajectoire vertigineuse et inhumaine, dans une course effrénée appelée à se terminer, à l'instar du Titanic, dans un immense iceberg.

1: voir entre autres l'article "risque de bulle immobilière..." sur Wikipédia
2: d'après le Monde Diplomatique - n°663 Juin 2009 p2 -, "l'économie française détruit 60.000 emplois par mois"
3: voir les excellentes enquêtes de Sophie Coignard : "L'Omerta Française" avec Alexandre Wickham, Albin Michel - Les "Rapport Omerta" 2002, 2003,2004, Albin Michel et "La Vendetta Française", Albin Michel
4: voir entre autres le livre d'Hervé Kempf : "comment les riches détruisent la planète", Éditions du Seuil



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jeudi 25 septembre 2008

Notions abstraites et Vérité

L'intelligence, l'amour, l'amitié, la compassion, l'humilité, la foi... Tout est affaire de terminologie.Chacun se trouve suffisamment intelligent. Tout le monde pense pouvoir aimer. Mais y a-t-il un sens général, unique, apposé à ces notions? Certainement pas!
Les êtres humains, dans leur immense majorité, ne les définissent même pas. Si on leur demande à brûle-pourpoint ce qu'est l'intelligence, l'amour, comme bien d'autres concepts pourtant essentiels dans nos vies, ils doivent réfléchir profondément pour produire autre chose qu'un lieu commun laconique et souvent vulgaire.
Finalement, ce qui étaie la personnalité d'un individu, en dehors de son caractère, ce sont justement ce que l'on appelle communément ses "valeurs", c'est-à-dire sa façon d'interprêter les notions abstraites de l'existence.
Abstraites, mais déterminantes, car les choix que nous effectuons dépendent en grande partie de nos valeurs.
Déterminantes aussi car c'est sur l'identité de ces valeurs que repose une relation qui a du sens.Une relation peut-être pulsionnelle, passionnelle, se décliner à tous les temps et à tous les modes de la psychanalyse. Elle peut également être la conséquence d'un accord de valeurs entre les protagonistes.
Si nous sommes d'accord, nous nous sentons proches. Plus il y a de notes qui vibrent à l'unisson, plus nous sommes portés à nous apprécier. L'harmonie de nos pensées nous unit, elle nous extrait de notre solitude.
Ce qui nous divise, ce sont les points de désaccord. Les concepts sur lesquels nous ne portons pas le même regard.Comme une relation existe par des facteurs psychologiques ou intellectuels, des facteurs de natures identiques en viennent un jour à bout : nos pulsions nous envoient ailleurs, ou bien nous nous éloignons de l'autre parce qu'il est apparu entre nous des divergences. Notre relation perd de son sens. L'harmonie est devenu dissonance.
Au bout du compte, notre conception des choses est noyée dans l'océan de toutes les façons de concevoir. C'est ce qui fait penser à beaucoup de monde que la vérité universelle n'a pas de sens. Chacun détiendrait sa propre vérité. En ce cas, la vérité sur ce qui sous-tend nos vies n'existerait pas, ou du moins serait une notion qui nous dépasse et la rechercher serait une pure utopie et donc une perte de temps.
J'ai déjà développé ce thème dans mon livre "2020-2030 chroniques de la survie ordinaire", dont on peut lire des extraits sur le site "Emmanuel Kold", consacré à cet ouvrage. Cliquez sur ce lien : 2020-2030 extrait "Philosophie" pour vous rendre directement sur la page ayant trait à ce sujet.


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vendredi 19 septembre 2008

"L'état réel des choses nous est toujours révélé à reculons"

Mon livre, "2020-2030 Chroniques de la survie ordinaire", n'est à ce jour pas encore paru, mais cela ne saurait tarder. Enfin je l'espère car, étant donnée l'actualité qui semble confirmer l'orientation pessimiste de son scénario, s'il ne paraît pas très vite, il se pourrait fort qu'il ne voie jamais le jour...
Ce roman d'anticipation s'appuie sur un postulat au fond très simple : les choses ne vont pas s'arranger. Ne vous y trompez pas, il ne s'agit pas là d'un apocalyptisme à deux sous. Mon analyse repose au contraire sur un travail de recherche et d'érudition qui m'a demandé beaucoup d'efforts et de temps.
Et d'ailleurs, il se révèle déjà prophétique sur plusieurs points. En effet, j'ai fini de rédiger mon manuscrit à la fin octobre 2007. Alors qu'il était en cours d'écriture, on voyait défiler les experts dans les emissions-débats du type "C dans l'air", experts qui nous affirmaient que bien que les réserves pétrolières soient par force tarissables, notre consommation dans les 50 prochaines années n'allait pas devoir en souffrir.
Après avoir lu plusieurs ouvrages sur le sujet, dont l'excellent livre "la face cachée du pétrole" du journaliste-écrivain Eric Laurent, je savais dors et déjà fort bien ce qui n'allait pas manquer de se produire, beaucoup plus tôt qu'annoncé. Je l'ai écrit dans mon livre, en anticipant sur deux décennies les conséquences de la crise pétrolière, combinée à d'autres paramètres : climatiques, sociaux, géostratégiques etc.
L'état réel des choses nous est toujours révélé à reculons. Néanmoins, l'information existe bel et bien. Au bout du compte, ceux qui avaient lu le livre la contenant finissent par être rejoints par tous ceux qui ne voulaient pas y croire, qui trouvaient tout ça exagéré, paranoïaque.Et aujourd'hui, le prix du pétrole flambe, le bouleversement climatique est devenu une réalité indéniable et les monstres de la finance que sont les assurances vacillent sur leur socle...
Lorsque j'ai bâti le scénario de mon livre, je trouvais que 2020 était une date peut-être un peu trop proche. A l'heure où j'écris ces lignes, j'espère que tout ce que j'y prédis ne se produira pas plus tôt.



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